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Des crypto-pièces en chocolat ? Le NFT

“Combien vaut mon tweet ?” Peut-être vous êtes-vous posé cette question. Peut-être avez-vous pensé "pas beaucoup" ? Si c'est le cas, je tiens à vous rappeller que Jack Dorsey, CEO de Twitter, est 90ème fortune mondiale (Forbes). Votre tweet vaut donc probablement quelque chose ! Mais alors, on est en droit de se demander : combien peut valoir un tweet de l'ami Jack ? Bonne nouvelle ! Pour une poignée de (millions de) dollars, vous pourrez vous acheter ce tweet historique :

Acheter un tweet ?! Trois mots, un sigle : NFT.

Les Non Fungible Token (jetons non fongibles) peuvent évoquer une délicieuse soupe aux champignons mais il n’en est rien. Comme leur nom essaye péniblement de l’indiquer, ils sont, plus simplement, des jetons d’échange uniques qu’on ne peut pas interchanger. Des pièces de collection, en somme.

Apparus en 2017 avec les cartes virtuelles Crypto Kitties (plateforme d’échange de chats virtuels 100% validé par la SPA), les NFTs permettent, grâce à un système de certification éprouvé, de vendre ou d’acheter des œuvres sur internet, en certifiant de l’authenticité de celles-ci.

On peut penser à un titre de propriété qui serait, en théorie, inviolable. Et grâce à celui-ci, l’art numérique se développe rapidement, et notre brave internet, qui était déjà un infini musée se transforme peu à peu en une cyclopéenne galerie d’art. Notons que ces jetons se développent également dans le domaine du sport et du jeux vidéo.


Puis-je donc acheter le tweet de Jack ?

Tout le monde peut utiliser des NFTS. Un NFT est avant tout lié à une crypto-monnaie (Ethereum, ...), elle-même obtenue, in fine, avec de l'argent réel. Si vous voulez participer à ce phénomène, il vous faudra acheter environ 30 dollars minimum de crypto-monnaie. Mais si vous voulez acheter le tweet sus-retweeté préparez-en plutôt 2,5 millions. Une fois en possession du précieux jeton lié à une œuvre (comme, par exemple, cet excellent article), vous en devenez l’unique propriétaire et êtes alors la seule personne à pouvoir la revendre.

Les NFTs sont, à l’instar des œuvres d’art matérielles, achetés pour plusieurs raisons : investissement financier, valeur sentimentale, ...


Pourquoi c’est un phénomène à la mode ?

Les NFTs sont très, très, en vogue en ce moment. Pourquoi ? Le marché des NFTS frôle, depuis le début de l’année, le milliard de dollars de transactions. Quelques gros coups ont particulièrement marqué l’actualité :

Un exemple significatif est la vente pour près de 69.3 millions de dollars de l'œuvre numérique de Beeple, de son vrai nom, Mike Winkelmann. Beeple est un artiste numérique états-unien connu surtout, il faut le dire pour... avoir vendu des NFTs de ses œuvres.

Tout cela fait tourner la tête, n’est-ce pas ? Comment l’expliquer ?

Rappelons qu’entre deux tableaux identiques, un vrai et un faux, seule l’authenticité du tableau – symbolisée par la signature – produit la valeur. L'expert constate ici et maintenant que l'œuvre en face de lui est correcte, il signe un certificat et l'œuvre "existe" et mieux, a une valeur qui dépasse sa simple valeur technique. Ce qui permet de s'assurer de sa dimension "réelle" et renforce une apparente tautologie : l'œuvre existe puisqu'elle est là. Ou comme l'écrit mieux Walter Benjamin :

« À la plus parfaite reproduction il manquera toujours une chose : le hic et nunc de l'oeuvre d'art – l'unicité de son existence au lieu où elle se trouve »

Les certificats d’authenticité numérique obtenus par les NFTs permettent donc en théorie de renouveler complètement l’art numérique (et tout court).

La crise sanitaire a en tout cas accéléré cette explosion des NFTs en renouvelant un marché de l’art plutôt bien portant mais qui s'encroûte un peu. Car c’est aussi ça, le coronavirus : un pangolin qui éternue en Chine, une crise sanitaire sans précédent pour l'époque contemporaine et ... des gens qui s’ennuient.

De nombreux investisseurs ou passionnés d’art parient à la hausse sur les courbes du nft-virus en espérant très certainement avoir trouvé là le nouveau bitcoin et se payer, enfin, cette résidence secondaire à Cartagena.

D’aucuns osent en revanche – rageux passéistes insensibles au charmes du techno-progrès crypto-artistique – émettre quelques critiques.

Premièrement les risques d’arnaque existent. Car oui, le système de blockchain, sur lequel repose les vérifications de crypo-monnaies, est solide et éprouvé mais, comme l'écrit Abby Ohlheiser, senior editor au MIT Technology Review,

"Alors même que cette tendance est en train de rebattre les cartes sur la notion même de valeur dans l’art digital, elle est aussi en train de recréer plusieurs des problèmes qui ont tourmenté les artistes pendant des siècles : une mode confuse, les caprices des riches collectionneurs et le vol. Les artistes digitaux se battent déjà contre les arnaqueurs qui volent leur art et en font des t-shirts qu'ils vendent ensuite. Les NFTs ne sont ni plus ni moins qu’un autre domaine que les artistes vont devoir vérifier."

Une lourde empreinte carbone

Alors qu’une œuvre originale de Bansky vient d'être brûlée pour être convertie en NFT et vendue pour 380 000$, rappelons les mots d'un ancien président, fan de l'art du Sumo : “notre maison brûle”. Or, il semble que les producteurs de NFTs ont décidé d’apporter leur torche à ce feu de joie. La génération de crypto-monnaies est en effet responsable de millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone.

ArtStation, marché en ligne spécialisé dans les arts numériques, a d'ailleurs récemment publié un communiqué annonçant la fin anticipé d'un projet de NFTs. De nombreux internautes fustigeaient en effet cette pratique, la considérant comme contraire à l’éthique environnementale.

Pour conclure, citons Daniel Van Boom qui écrit, pour CNET :

"Non, les NFTs n’ont aucun sens. Mais les crypto-monnaies ont montré qu’une tendance n’a pas besoin de sens pour grandir de manière exponentielle chaque année. Nous sommes probablement en train d’assister à une bulle des NFTs et, comme le Bitcoin en 2017, cette bulle va probablement exploser –– mais ne vous attendez pas à ce que cela tue les NFTs pour autant."